La Tunisie entre laïcité, sécularisme et islamisme

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blason armoirie tunisie

Depuis le départ du président déchu Zine el Abidine Ben Ali, la scène politique tunisienne vit un chamboulement structurel et idéologique sans précédent. Toutes les orientations idéologiques et politiques ont pullulé dans un rythme effréné, et ce, des fois, à l’encontre du CPP (Code des Partis Politiques).

La question qui turlupine tout un chacun concernerait les garanties que l’état pourrait donner au peuple tunisien, tant lors du mandat temporaire du gouvernement de transition que pour la phase constitutive qui suivra les élections de l’assemblée constituante prévues pour le 24 juillet prochain.

Les appréhensions ne concernent pas uniquement l’aspect politique et législatif de la deuxième république tunisienne, mais principalement l’approche religieuse modérée et libérale et tous les acquis concrétisés depuis plus d’un demi-siècle tels que la sécularisation des institutions de l’état, la mise en place du CSP (Code du Statut Personnel) et surtout l’interdiction de la formation d’un parti politique sur une idéologie religieuse, sans pour autant occulter l’identité arabo-musulmane, garantie par la constitution Tunisienne en instaurant l’Islam comme religion d’état.

Comme l’esprit révolutionnaire avait imposé la suspension de la constitution et l’arrêt de l’effectivité des codes législatifs obsolètes, nous avons vécu l’apparition de trois partis à tendance religieuse, Ennahdha, Ettahrir et El wifak.

Dans le sillage, les voix se sont élevées de partout, on en a vu ceux qui se sont indignés et qui condamnent fermement ce flagrant retour en arrière et cette grande menace pour les libertés personnelles qui ont été le moteur principal de la révolution, mais, dans l’autre camp, il y avait ceux qui se sont félicités de cette nouvelle tendance qui vient animer la scène politique Tunisienne et garantir une liberté politique accrue.

Dans tout cela, il faudrait tout d’abord donner une définition pratique et précise sur tout ce qui est appellation et terminologie et dont l’incompréhension et l’amalgames risquent de créer d’autres conflits et provoquer d’autres divisions au sein d’une société tunisienne fragile et indécise.

Tout d’abord, quelles sont les trois alternatives qui s’offrent aux tunisiens pour l’avenir ? Un état totalement laïque, un état islamique ou alors un système séculier.

L’état Laïque :
La laïcité impose une neutralité religieuse absolue des lois, des institutions et des structures de l’état, et donc, l’écartement total de la mention religieuse de la constitution  ainsi qu’une séparation rigoureuse entre la gestion des affaires publiques et le domaine des activités à caractère privé.

L’état Islamique :
Une république ou un état islamique est un système où le droit musulman s’applique d’une manière subjective et totale. Non seulement  la pratique de l’islam comme religion d’État mais comme source législative et pouvoir exécutif. La république islamiste tend à appliquer totalement la charia comme constituions univoque et supérieure à toute autre loi humaine ou convention internationale.

L’état Séculier :
Pour ce qui est du système séculier, le principe de base garantit que la religion ne doit pas avoir, ni chercher à avoir, de pouvoir politique ou législatif, et ce, sans pour autant instaurer une séparation définitive entre l’état et la religion. L’état pourrait donc garder ses institutions religieuses, garantir le droit et la liberté au culte et continuer à financer et encadrer la pratique religieuse pour une ou la totalité des cultes pratiqués dans le pays.

Laïcité et sécularisme : l’impasse…
Les deux doctrines se rejoignent sur la garantie d’une liberté de culte sur le plan personnel et privé et l’émancipation de la religion se manifeste et est opérée selon une logique de sécularisation, moins conflictuelle que la logique de laïcisation, plutôt radicale et subjective.

Selon un petit sondage effectué auprès d’un échantillon plus ou moins représentatif de la population tunisienne, on trouve que la majorité opterait plus pour une logique de sécularisation et non de laïcisation de l’institution gouvernante. On pourrait donc penser à placer la religion sous la tutelle et le contrôle restrictif d’une constitution et n’appliquer la charia qu’en partie selon le contexte et uniquement pour une décision personnelle et privée tels que l’héritage, le mariage, les transactions financières etc. tout en garantissant une alternative légale et institutionnalisée.

Le parfait exemple serait d’opter pour un modèle britannique ou danois, ou l’état est lié à l’église en contribuant financièrement à son fonctionnement. Les hommes de l’église relèvent de la juridiction d’une institution de l’état, sont formés dans l’université publique et sont rémunérés comme fonctionnaires et officiers d’état civil. Parallèlement, les autres religions et confessions sont officiellement reconnues,  leur existence est garantie par la loi ou la constitution mais elles ne sont pas financées.

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