Relay: La Kasbah de Tunis le 28 janvier 2011, expérience personnelle du Dr Sami Ben Sassi.

La Kasbah le 28/01/2011 – L’armée se retire et laisse sa place à la Brigade de l’Ordre Public (BOP)

La pire journée hier avec tous les braves bénévoles qui nous ont tous spontanément rejoints à la Kasbah, on a tous failli mourir sous les lacrymogènes et vécu des moments de vraie Guerre mais on va tous bien. L’essentiel est qu’on a sauvé la vie de centaines de personnes du massacre par les Bops à part les actions médicales pures. Merci aux Drs Kenza Mghaieth, Sami Belhareth, Bachar Ben Salah, Slim Ben Salah, Rym Horchani, aux jeunes médecins Wafa Bayouth, RANIA x, Skander Mzah et beaucoup d’autres que j’oublie… Merci aux quelques bénévoles du croissant rouge qui n’étaient pas nombreux pour des raisons que j’ignore, mais qui nous ont aussi beaucoup aidé. Merci à Mr le ministre Sami Zaoui qui était présent à coté, pour son aide morale, il a tout tenté- sans succès- pour nous aider à avoir une tente du croissant rouge sur place, et centraliser l’aide médicale d’urgence: la tente serait arrivée en début d’après midi dans les parages mais aurait été « bloquée » quelque part…

On était en pleine action dans le quartier médical de fortune qu’on avait préparé dés le lendemain de l’arrivée des gens de l’intérieur à la place du gouvernement quand une rumeur de retrait de l’armée et de l’arrivée imminente des Bop a tout à coup circulé! Un mouvement de panique a alors démarré puis une demi heure plus tard, des lacrymogènes ont étés tirés sur la place: Étouffement de toute la population sur place et de nous tous, toute l’équipe de bénévoles, chacun de nous s’est alors mis à courir pour se protéger dans tous les sens, en tirant derrière lui comme il peut, les sacs de poubelles remplis des médicaments récoltés avec les dons des anonymes de tout bords. Certains médecins étaient portés évanouis sur les épaules, moi même je traînais mon sac de médicaments par terre, en étouffant -j’ai un asthme allergique- je n’arrivais plus à ouvrir les yeux pour avancer, brûlé dans le visage et la gorge par les gaz, jusqu’à arriver à l’hôpital Aziza Othmena grâce à l’aide de quelqu’un qui m’a traîné par terre à l’intérieur semi conscient.

Après ces moments de panique, après nous être lavés et calmés, on est allé rassembler les populations réfugiées dans l’hôpital pour les cacher, car le portail des urgences maternité était entrain d’être forcés par une horde de Bop impressionnants d’agressivité, habillés à la « Matrix »… ils ont pu prendre avec eux deux personnes, mais pas les autres car tous cachés en haut en silence…Une heure après, on a pu aller négocier avec les militaires du coté du portail principal de l’hôpital, pour évacuer avec leur protection, toutes les personnes réfugiées, mais la police est intervenue et a foutu la zizanie par leur agressivité verbale et gestuelle, on a re-réussit grâce à tous de retrouver le calme dans une ambiance de tension très élevée: On a négocié grâce à la présence d’un avocat qui était alors arrivé de dehors d’emmener avec la protection de toutes les blouses blanches présentes, une partie des gens à « la maison de l’avocat » en face du palais de la justice pour qu’ils y passent la nuit, et de laisser accompagner une autre partie qui voulait partir immédiatement vers Bab Alioua où il y a les bus vers le sud du pays pour rentrer, sous protection des militaires. Notre action a réussit tant bien que mal, on les a accompagné en faisant une chaine protectrice main dans la main, et les avocats étaient nombreux pour les y accueillir.

Page 1 of 3 | Next page