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Mémoires d’un survivant.

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  • Il doit être 2h15, je traverse ces ruelles tant connues par ma mémoire, je sens encore ces odeurs, je contemple encore ces murs, la pluie tombe sur ces pavés noirs, un écho assourdissant m’envahis, je marche sans trop hâter le pas, je connais si bien ce paysage, ces stores, ce clochard, l’odeur de ces égouts qui se dégage, cet arbre centenaire qui préside cette place, mémoires, souvenirs, ce réverbère encore là, rien n’a changé, c’est tellement vide, c’est tellement beau, c’est tellement à moi, c’est mon enfance, c’est mon vécu, c’est mon quartier.

    Beaucoup d’appréhensions s’accaparent de moi quand je rentre dans cette rue, plus personne, pourtant je suis passé par là il y a quelques heures, il y avait tant de monde, tant de bruit, tant de vécu, je regarde, j’observe, je ressent, je touche, je marche, je m’arrête, je me retourne, je me voyais encore là, je connais cet endroit, j’y ai vécu, mais ca a tellement changé, sans trop changer, tel une sève qui coule dans un tronc d’arbre je me faufile dans cette rue, je frissonne, je ris , je me tais, je m’arrête ,je reconnais ce store marron de la quincaillerie, je connais cette mosquée, elle n’a pas trop changé, le même minotier, la même épicerie, j’avance, je recule, je regarde a travers cette impasse, on jouait là, on courait la, on touchait ce même mur en signe de victoire, tant de scènes me reviennent en mémoire, j’y étais, je connais si bien cette rue, les voix me reviennent, les noms me reviennent, les visages me reviennent, je suis là, mais …

    Plus j’avance, plus mon cœur me serre, ici c’est le mécano, par la c’est le resto, à droite c’est les bus, à gauche c’est du noir, rien que du noir, on avait peur d’y aller, c’est tellement noir, j’ai toujours les mêmes craintes, m’as-t-on menti ? C’est toujours aussi lugubre, je hâte le pas, j’évite de trop regarder, des poubelles, des chats qui partent dans tous les sens, je m’arrête devant cette porte, une porte bleue, une larme qui coule, elle est toujours bleue, comme je l’ai toujours connue, derrière il n’y a rien, je sais très bien qu’il n’y a rien, je lis sur cette même plaque oxydée, 43, c’est le numéro, j’étais né derrière cette porte, je suis perdu, je me retrouve, je ne sais plus…

    J’ai envie de tourner cette même clef dans cette même serrure, j’ai envie d’entrer, prendre ce long couloir, remonter ces mêmes marches ; retrouver ces mêmes personnes, cette même odeur, ces mêmes voix, ce même salon rouge, ce même téléphone noir, ces mêmes escaliers en bois qui mènent au toit, cette même chambre sombre, cette même photo, cette même cuisine, cette même pièce aux bancs bleus, cette même porte qui mène à la terrasse, cette même odeur de pain frais et chaud, ce même Rzouga aux moustaches et tant d’autres choses…

    Ils sont partis, sous d’autres cieux, ils ont déménagé pour habiter dans cette maison qui porte ce nom, Dar Mansour, Oui il s’appelait Mansour et elle s’appelait Zohra, ils m’appelaient le Bey, j’étais le prince de cette maison au parterre marron, vert et jaune, j’aimerai tant repasser mes mains sur ces faïences blanches au motif noir qui ornaient ce couloir, ce chauffage au fuel, il était de couleur marron, je m’en rappelle, je ne devais pas m’en approcher, et puis ces mêmes cordes sous la fenêtre…

    Je relève ma tête, je relis, 43, ce chiffre est unique, magique, le temps n’a pas pu l’effacer, il pleut, je suis toujours là, je regarde cette porte bleue, cette même poignée, elle était de couleur grise, grise comme le plomb, maintenant elle est bleue, dommage, c’est ce qui a changé.

    Je n’ai pas envie d’avancer, j’ai envie de rester là, qui sait, si je sonne, on m’ouvrira cette porte, non, elle est fermée, à tout jamais.

    J’avance, je n’ai plus envie de rester là, ca me fait tellement mal, je relève ma tête encore une fois et je lis, rue des salines, ca sonne tellement bien, rue des salines, c’est toute une histoire.

    J’étais né là, derrière cette porte bleue, je la connais tellement bien malgré que je n’y ai pas vécu très longtemps.

    43, rue des salines. C’est là d’où je viens.

    J’ai mal, tout simplement mal.

    14 réflexions au sujet de « Mémoires d’un survivant. »

    1. Ton post est très émouvant stupeur !! ça m\’a fait retourné une vingtaine d\’année, à notre première maison !! Au moins, t\’as une adresse, moi j\’étais dans un endroit où les rues n\’avaient pas encore de nom, elle n\’existait même pas 🙂

    2. la semaine derniere papa m\’a enmenie voir la maison ou je suis née a cité iljawhra!!
      je me souviens de rien de ses ruelles ni des voisins ,mais devant la mosqué ou jai etudié fil kotéb ,tous m\’est revenu!!
      je n\’avais que 4 ans quant on est partie mais je garde trop de belles sensations!!

    3. Tu m’as fais rêver…
      Tu sais « Certains souvenirs sont comme des amis communs, ils savent faire des réconciliations ».
      Je comprends tes sentiments et surtout le besoin d’être là où tu veux où plutôt où tu rêves d’être.
      Je sens que derrière cet homme se cache un enfant qui rêve de la période la plus heureuse et la plus brève de l’existence où l’on a tout, juste assez de conscience pour savourer la joie d’être et d’inconscience pour ignorer les difficultés de la vie.

      Stupeur be happy, la vie est certainement belle…

    4. La mélancolie …
      Ces sensations…, on a tous eu un jours ou l\’autre ce même sentiment sauf que je pense que c\’est un peu intense chez vous, et que le passer vécu à rue de saline et meilleur que l\’instant présent dans votre nouvel demeure à ennasr.

    5. bravo, tout simplement bravo…

      mon enfance, et la période dont tu parles si bien dans ton post ne sont pas si loin que cela de ce jour ci, pour moi. un vingtaine d\’années me sépare de ce temps la. mais, ayant voyagé tellement dans mon enfance… juges-en par toi meme: la première fois qu\’on a déménagé, j\’avais 20 jour, et s\’en suit un véritable parcours dans les différentes régions du pays, j\’ai eu domicile dans une dizaine d\’adresses différentes…

      Tout cela pour dire, que ton post ne me rapelle pas UNE maison, mais bien une dizaine, et crois, c\’est intense comme sentation…

      PS: j\’ai reconnu la rue des salines dès les premières lignes! malla éna :p

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